Pas de décor. Juste quelques traits autour de deux robes noires. Quelques mots aussi, sans phylactère. Une grande économie de moyens. Une sorte de minimalisme.
Cela n’enlève rien à la force des dessins de Léna Bojko, jeune avocate parisienne qui a choisi l’humour pour dénoncer les travers de notre profession et, surtout, son sexisme ordinaire.
Le recueil est divisé en six chapitres : En entretien d’embauche, En collaboration libérale, Vie d’avocat, Au Palais de justice, À l’école des avocats, Souvenirs d’université. À chaque fois, par petits traits, notre confrère (ou consœur ? bon, si je dis « l’auteur », je n’améliore pas ma situation. Peut-être devrais-je écrire « la dessinatrice ». Mais pourquoi « dessinateur » a-t-il un féminin reconnu tandis que pas « auteur » ? Je crois que nous approchons de la solution…) met en scène, avec ironie mais sans férocité, les clients, les juges, les professeurs…
Mais surtout, bien sûr, les avocats et, particulièrement, les maîtres de stage. Notons au passage que les maitresses (je peux utiliser ce féminin-là ?) de stage en prennent autant que leurs homologues masculins. Sans doute est-il difficile, lorsque l’on est arrivé malgré les obstacles, d’épargner à la génération suivante les humiliations que l’on a dû soi-même subir. Je me souviendrai toujours de cette scène du film Daems où l’on voyait un contre-maître violer une novice sous les battements de mains des anciennes, manifestement ravies de voir leur nouvelle collègue passer à la casserole à son tour…
Désinvisibiliser le sexisme ordinaire : c’est donc l’autre propos principal. Ces petits gestes, a priori anodins, qui font sentir à l’interlocutrice (cette fois clairement au féminin) qu’elle n’est pas tout à fait à la même hauteur. « Elle a connu l’accueil compatissant de certains de ses confrères qui restent convaincus que la féminisation du Barreau a participé à son déclin », écrit Christophe de Saint-Palais dans la préface du recueil…
Patrick Henry,
Ancien Président