Parler à la cantonade

Retrouvez dans cette rubrique l’expression, l’injure, le mot et la curiosité grâce auxquels vous pourrez tenter de paraître intelligent et cultivé en société !

L’expression : Parler à la cantonade[1]

Parler haut, sans s’adresser à quelqu’un en particulier

Cette expression vient du langage du théâtre, au XVIIIe siècle. En effet, un acteur lance une réplique à la cantonade quand il s’adresse à des personnages qui sont censés évoluer en coulisses et ne sont donc pas en scène.

On appelait autrefois cantonade « l’un et l’autre côté du théâtre, où une partie des spectateurs était assise sur des bancs ». Mais pourquoi ?

En occitan, au XVe siècle, la cantonada (prononcé « cantounada ») désigne un angle de maison. L’angle extérieur des murs d’un bâtiment, formé de l’imbrication de grosses pierres de taille qui en assurent la solidité. Bref, le coin de la maison. Donc, la même famille qu’un canton (« cantou »), un coin. Parfois « coin du feu ».

Au XVIIe siècle, selon Bloch & Wartburg, « le mot a probablement été introduit en français par une des nombreuses troupes qui ont joué temporairement dans le midi » 

Duneton confirme la pertinence de cette analyse puisque ces troupes dressaient leurs tréteaux en plein air, adossés à une maison ou une grande place de village, et la scène se trouvait alors délimitée de chaque côté par les deux cantonadas de la façade ou du pignon qui servent de « fond de théâtre ».

Le mot désignait aussi les côtés de la scène où étaient assis les spectateurs privilégiés. Puis, ces emplacements n’étant plus occupés par des spectateurs, le mot finit par désigner les coulisses.

Bref, souvent, nos hommes politiques par exemple, haranguant les foules, parlent donc à des murs…

Le mot galvaudé : Ptérodactyle, s.f.[2]

Machine à écrire perfectionnée, actionnée par les pieds.

« Les bureaux sont remplis du crépitement des ptérodactyles ».

La curiosité : Le verbe disparu – Contondre[3]

Contondre naquit au XVe siècle. Mais il ne nous est pas parvenu, subissant la malédiction des verbes du troisième groupe. Il fut remplacé par contusionner, plus facile à conjuguer. MAis il nous a laissé contondant. Amis pénalistes et chroniqueurs judiciaires, souvenez-vous-en…

L’insulte : Greluchon[4]

Profiteur.

Nom autrefois donné à un homme qui se faisait entretenir par une femme ayant elle-même plusieurs amants. Un gigolo donc… Ou l’amant favori ! 

Jean-Joris Schmidt,
Ancien administrateur


[2] https://www.youtube.com/watch?v=KgjJmJ4EQoI : Une petite chanson, c’est bien naturel…

[3] Qu'est-ce que c'est que cette batterie où vous avez contus de bastonnade un petit vicomte (...)? (Hugo, Notre-Dame de Paris,1832, p. 313)

[4] Quelques amis qu'elle avait parmi les Jacobins l'avaient avertie que le bel Henry, son greluchon, devenait compromettant par ses violences trop outrées pour paraître sincères (A. France, Dieux ont soif,1912, p. 143)

A propos de l'auteur

Jean-Joris
Schmidt
Ancien administrateur

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