Retrouvez dans cette rubrique l’expression, l’injure, le mot et la curiosité grâce auxquels vous pourrez tenter de paraître intelligent et cultivé en société !
L’expression : Avoir voix au chapitre
1. Être consulté, avoir le droit d’exprimer une opinion, de participer à une délibération
2. Avoir de l’influence en donnant son avis dans une affaire
C’est lors d’une visite ce week-end à l’Abbaye de Villers que j’ai eu le plaisir de pénétrer dans son chapitre. Quelques heures plus tard, la foudre et des trombes de pluie s’abattent sur cette magnifique abbaye cistercienne. C’est en hommage à l’Abbaye, qui a souffert[1], et aussi à notre excellent guide[2], qui a attiré mon attention sur cette expression, que je rédige ces quelques lignes.
Le chapitre qui nous intéresse ici remonte donc au Moyen Âge et concerne le clergé.
Le chapitre désigne à la fois le corps des chanoines d’une cathédrale ou d’une église importante, l’assemblée des moines et chanoines qui traite des affaires de leur communauté et le lieu dans lequel se tient cette assemblée.
Le mot vient du latin capitulum (« petit chapitre »), car ces réunions commençaient souvent par la lecture d’un chapitre de la règle religieuse. On pense évidemment ici à celle de Benoît de Nursie, patriarche des Bénédictins, qui a façonné la spiritualité et la culture de l’Europe médiévale.
Tous les membres n’avaient pas forcément le droit de parler ou de voter. « Avoir voix au chapitre » signifiait donc avoir le droit de prendre la parole et de participer aux décisions lors du chapitre.
L’expression, qui a gardé le sens d’origine, ne semble apparaître qu’au XVIe siècle, malgré l’ancienneté des chapitres.
On entend parfois l’expression « avoir droit au chapitre ». Ce n’est pas l’expression correcte et traditionnelle, qui insiste sur le fait de pouvoir s’exprimer et influencer une décision, tandis que le droit au chapitre insiste sur le fait d’être autorisé ou légitimé à participer.
On notera aussi que « être chapitré » (réprimandé) a la même origine, puisque le chapitre était aussi le lieu où l’on décidait des sanctions à l’égard des moines qui ne respectaient pas correctement les contraintes de leur ordre.
Le mot galvaudé: Musette, s.f.
Petit nom familier de l’intimité féminine.
« Elle cachait souvent, par espièglerie, un sucre d’orge dans sa musette » (Brantôme, Vie des Dames Galantes)
C’est aussi le défaut du papier produit par une bulle d’air comprimée, lors de la fabrication, entre la feuille et le feutre dont l’adhérence n’est pas parfaite.
L’insulte : Chatemite (ou chattemite)
Hypocrite
Vient de « chat » et de « mite » (qui voulait dire « chatte » en vieux français). Le chat, qui était l’animal des sorcières, était en effet considéré comme fourbe et vicieux. Ma foi… Ne dit-on pas un chat pitre ? [3]
La curiosité : L’étymologie populaire – Choucroute
À l’origine, le nom alsacien surkrut, « choucroute »[4], emprunté par le français de Neuchâtel (Suisse normande) en 1699 sous la forme surcrute. Arrivé en France en 1739, surcrute prend la forme sorcrotes, qui devient chou-croute en 1768 puis choucroute en 1786, en étant toutefois du masculin.
Comme la choucroute contient du chou, l’étymologie populaire a vite fait de transformer la forme sorcrotes en chou-croute : le nom de ce plat devait refléter sa composition, à tout le moins en ce qui concerne sa première syllabe évidemment.
Jean-Joris Schmidt,
Ancien administrateur
[1] https://www.rtbf.be/article/a-villers-la-ville-l-abbaye-de-villers-la-ville-et-son-patrimoine-rattrapes-par-la-boue-apres-les-violents-orages-11732774
[2] Il s’agissait bien entendu de l’excellent ancien président d’AVOCATS.BE, Xavier Van Gils. Who else ? Je le salue chaleureusement.
[3] Je vous renvoie à la fable de La Fontaine : Le Chat, la Belette et le Petit Lapin : « Un chat vivant comme un dévot ermite, Un chat faisant la chattemite... »
[4] L’alsacien surkrutcorrespond à l’allemandsauerkraut,littéralement« herbe acide », composé de l’adjectifsauer « acide »et du nomkraut« herbe ».