Nos animaux sauvages et leurs noms par Alain Lebrun

Depuis quand l’horreur exclut-elle l’étude ? Depuis quand la maladie chasse-t-elle le médecin ? Se figure-t-on un naturaliste qui refuserait d’étudier la vipère, la chauve-souris, le scorpion, la scolopendre, la tarentule et qui les rejetterait dans les ténèbres en disant « Oh, que c’est laid ! » (Victor Hugo).

Alain Lebrun est un amoureux de la nature. Il nous a déjà offert une étude sur Les prénoms floraux et un petit roman aux accents chamaniques, Révélation dans la taïga.

L’entreprise est cette fois plus ambitieuse, d’autant que plusieurs suites sont annoncées (le monde des oiseaux, le monde aquatique, les arbres et arbustes). Il s’agit d’étudier les animaux de chez nous (il précise qu’il ne peut être question de s’attacher aussi aux espèces récemment importées dans nos contrées par des humains un peu inconscients) et les influences croisées qu’ils ont exercées sur notre civilisation.

Chaque article suit le même schéma. D’abord l’étymologie : la plupart des animaux ont un nom hérité du grec ou du latin, mais d’autres influences se manifestent çà et là : parlers germaniques, scandinaves, romans, voire basque… En fonction bien sûr des aires de répartition principales des espèces. Et il n’est pas rare que des croisements surviennent. Si le nom du lièvre vient du latin, lepus, celui de sa femelle, la hase vient lui de l’allemand. De même, sanglier vient du latin, le bien connu d’Obélix singularis porcus, mais laie vient du francique leka.

La place des animaux dans nos mythologies n’est évidemment pas évitée. D’Hercule qui devait ramener la biche aux sabots d’airain sans verser son sang, à Saint … Patrick qui exhortait ses compatriotes irlandais à éradiquer les serpents de leur île, les animaux jouent un rôle considérable dans la construction de nos légendes et, dès lors, de notre imaginaire.

Et cela se marque en retour par de nombreux toponymes ou patronymes, que nous avons emprunté à nos frères à poils, à plumes ou à écailles. Je n’ai pas compté mais, à ce petit jeu, je pense bien que le loup se taille la part du … lion.

Alain Lebrun enfonce le clou, en nous proposant, en fin de chaque article, une série de prénoms, existant ou à créer. Saviez-vous que Buck vient de bois aux cerfs, qu’Évrard vient de rude sanglier, ou qu’Arnaud est une contraction des mots germaniques désignant l’aigle et le loup tandis qu’Arthur, Ursule, Björn ou Bernard viennent tous de l’ours ? Et qui appellera sa fille Sorice ou Sorizette (de souris) ou son fils, peut-être un peu paresseux, Marmottin ? 

De cette lecture se dégage en tout cas le sentiment d’un long continuum. Les animaux et la nature ne font qu’un avec nous. C’est évidemment la conviction profonde d’Alain Lebrun, qui s’est toujours défini comme une écologiste qui fait du droit plutôt qu’un avocat qui fait de l’écologie.

Pour le souligner, Alain Lebrun clôt chacun de ses articles par l’une ou l’autre citation, empruntée à nos plus grands auteurs. Théocrite, Virgile, Plaute, Rousseau, Giono ou Buffon sont au rendez-vous. Mais ils sont loin d’être les seuls.

En s’arrogeant le droit de séparer radicalement l’humanité de l’animalité, en accordant à l’une ce qu’il retirait à l’autre, nous n’avons pas compris que nous ouvrions un cycle maudit et que la même frontière constamment reculée servirait à écarter des hommes d’autres hommes et à revendiquer, au profit de minorités toujours plus restreintes, le privilège d’un humanisme, corrompu aussitôt né, pour avoir emprunté à l’amour-propre son principe et sa notion.

C’est pas du Bashung, ça mon pote. C’est du Levi-Strauss. Quelle critique pour les civilisations héritées du Livre !

Patrick Henry, 
Ancien Président

A propos de l'auteur

Henry
Patrick
Ancien Président d'AVOCATS.BE

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