La Cellule de traitement des informations financières (CTIF) a publié son rapport d’activités 2025 . L’occasion de procéder à une mise à jour de vos analyses de risque au regard des nouvelles techniques de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme (BC/FT) version 2025.
Cet article est composé de deux parties. La seconde sera publiée dans votre prochain Fil blanc.
Sa lecture intégrale reste indispensable ! Voici toutefois un aperçu des principaux enseignements du rapport annuel de la CTIF 2025 , publié en juin 2025.
Toujours plus
Le nombre de communications à la CTIF (déclarations de soupçons, informations des homologues étrangers et services de l’Etat) ne cesse d’augmenter et a dépassé le nombre de 100.000 pour la première fois en 2025. La CTIF explique cette augmentation par « l’implication des entités assujetties dans la lutte contre les phénomènes de blanchiment même lorsque les opérations ne se déroulent pas exclusivement en Belgique ».
La CTIF a transmis, en 2025, 1.334 nouveaux dossiers aux autorités judiciaires.
Du côté des avocat.es, pas d’augmentation toutefois : 6 déclarations seulement ont été adressées à la CTIF en 2025, contre 14 en 2024 et en 2023.
Une professionnalisation toujours très présente
Comme en 2024, la CTIF insiste particulièrement sur les réseaux professionnels de blanchiment .
Ces réseaux ne participent pas nécessairement à l’activité criminelle qui génère les fonds. Ils mettent leur infrastructure au service de différentes organisations criminelles et disposent notamment de sociétés écrans, de sociétés fantômes, de prête-noms et de mules financières ainsi que d’un grand nombre de comptes, souvent ouverts auprès d’établissements de paiement.
Les blanchisseur.euses professionnel.les sont ainsi des « « courtiers » criminels (qui ) jouent tantôt le rôle de banquier informel, de convoyeur de fonds ou de logisticien en proposant des structures commerciales émettant des documents nécessaires pour camoufler les opérations de blanchiment. »
Le principe est notamment de mélanger des fonds licites et illicites et des activités économiques réelles et fictives. « Grâce à la technique de la compensation, la valeur est transférée et l'argent liquide peut être utilisé pour rémunérer du travail illégal. Les capitaux illégaux sont mélangés avec des capitaux légaux en recourant à des paiements pour compte de tiers ou Third Party Payments, de sorte que des sociétés n'appartenant pas au réseau participent, consciemment ou inconsciemment, au processus de blanchiment. »
La constitution, l’acquisition, la restructuration ou la cession d'une société sont précisément des opérations dans lesquelles l’avocat.e peut être amené.e à intervenir. Il reste essentiel de s’interroger sur tous les éléments « atypiques » : pourquoi le ou la client.e agit de telle façon ? La manière de procéder du ou de la client.e est-elle cohérente ? Qui contrôle réellement la société ? Qui vend ou qui achète ? Pourquoi cette personne est-elle entrée dans l’actionnariat ou dans le conseil d’administration de la société ? Pourquoi une société effectue un paiement pour une autre société ? Dans quel but une société a-t-elle été constituée ou reprise ?
Une attention particulière mérite également d’être portée aux sociétés sans activité économique apparente (coquilles vides), aux changements rapides de gérant.e, d’administrateur.rices ou d’actionnaires, aux structures inutilement complexes et à l’intervention de personnes qui semblent agir pour le compte de tiers.
Le trafic de stupéfiants toujours n°1
Plus de 30 milliards d’euros. C’est le poids estimé du marché des drogues illégales dans l’UE. Le port d’Anvers est cité comme l’une des principales portes d'entrée de la cocaïne sud-américaine. La CTIF nous explique que ces profits ne sont pas nécessairement blanchis en Belgique : « (l)es flux commerciaux et les flux financiers suivent rarement le même trajet», bien qu’une part importante des fonds reste liée au Royaume.
Il s’agit d’une infraction sous-jacente où la CTIF constate que le self laundering (à savoir blanchir sans faire appel à un réseau externe), est important. Le blanchiment du produit de la vente de stupéfiants reste fortement dépendant de l’usage de cash. La CTIF ajoute que « (D)es transactions en espèces ont également été combinées avec des paiements effectués par le biais d’établissements de paiement. Dans des points de vente physiques tels que desnightshops ou des commerces de détail, il est possible d’obtenir un crédit à dépenser en ligne sous la forme d’un code ou d’une carte prépayée, payable en espèces. »
La vente de drogues illégales en ligne ayant augmenté, les paiements en ligne via un « bouton de paiement » ont également progressé. Les mêmes services de paiement servent au blanchiment pour faire circuler les revenus ou les transférer à l’étranger, parfois avec un passage par l’achat de cryptoactifs ou par un site de jeux d’argent en ligne.
Souvent la technique de blanchiment consiste à simplement verser le cash sur un compte avec pour explication un prêt accordé par un proche qui aurait été remboursé en espèces.
Escroquerie (en ligne), le grand classique
L’escroquerie demeure l’une des principales infractions sous-jacentes au blanchiment, principalement sous la forme de phishing et de fraude à l’investissement, avec ces deux caractéristiques que souvent le montant est peu élevé et qu’une grande part des victimes ne porte pas plainte. La CTIF précise toutefois que des « montants les plus élevés ont cependant été observés dans des dossiers portant sur des schémas d’escroquerie classiques, impliquant des investissements immobiliers à l’étranger, des projets de construction, des placements (hors ligne) ou des subventions ».
L’intelligence artificielle fait désormais partie des outils utilisés : des deepfakes de personnalités connues peuvent servir à attirer les victimes vers de fausses plateformes d’investissement ou à sélectionner des victimes potentielles. Parallèlement, des kits de phishingprêts à l’emploi sont disponibles sur le web, qui permettent de mettre en place une escroquerie sans connaissances techniques particulières.
Fraude sociale : quand le noir sert à blanchir
La fraude sociale continue à occuper une place importante dans les dossiers analysés par la CTIF. Le travail au noir permet notamment d’utiliser des espèces provenant d’autres activités criminelles.
Le secteur de la construction reste particulièrement exposé : des entreprises recherchent des sous-traitant.es à très bas prix, lesquel.les recourent ensuite à des sociétés de compensation pour obtenir les espèces nécessaires à la rémunération d’une main-d’œuvre non déclarée.
En 2025, la CTIF relève notamment l’ouverture de comptes alimentés par des factures émises à destination de sociétés actives dans la construction ou le nettoyage, suivie presque immédiatement de retraits massifs en espèces, dépassant parfois le million d’euros sur une période très courte.
Ces constatations intéressent directement ceux et celles qui parmi vous interviennent dans la rédaction ou l’analyse de contrats de sous-traitance, la création ou la cession de sociétés ou certaines restructurations. Une chaîne de sous-traitance complexe, des prix difficilement compatibles avec le coût normal de la main-d’œuvre, des sociétés récemment constituées, l’absence de moyens humains ou matériels cohérents avec les prestations facturées ou encore le recours inexpliqué à des paiements en espèces sont autant d’éléments qui doivent nourrir l’analyse individuelle des risques et nous mettre en garde.
La suite et la fin de cette analyse dans votre prochain Fil blanc…
La Commission anti-blanchiment
Vous pouvez toujours adresser vos questions à blanchiment@avocats.be . Nous ferons le maximum pour y apporter une réponse claire dans les meilleurs délais.
Rappelons que tous les documents proposés par la Commission anti-blanchiment pour vous faciliter la lutte anti-blanchiment se trouvent sur l’extranet d’AVOCATS.BE.