Monsieur la Chevalière, par Hippolyte Wouters, Bruxelles, 2026, 44 pages, 15 euros (à commander à l’adresse hippolyte@wouters-theatre.com et à payer au compte BE12 0637 5061 1192).
Iel se montre partout et joue avec ses sexes ;
On s’intéresse à iel, et comble iel se vexe.
Iel est insupporté que certains, en pariant,
Essayent de gagner sur son dos de l’argent.
Mais iel l’a bien cherché, iel a ce qu’iel mérite,
Car iel a largement dépassé les limites.
Il fallait être Hippolyte Wouters pour créer des alexandrins avec cette nouvelle forme de pronom qui marie les deux sexes !
Mais le propos n’est pas gratuit puisque « iel » n’est autre que le Chevalier d’Éon, bien connu des cruciverbistes (et donc d’Hippolyte qui est l’un des plus fameux), dont le sexe réel reste aujourd’hui nimbé de mystère. Était-elle lui ? Était-il elle ? Ou l’inverse ? Plutôt l’inverse semble-t-il…
L’histoire qui nous est ici livrée est vraie, même si les dialogues sont évidemment purement imaginaires. Éon a été chargé (chargée ?) par Louis XV d’une mission d’espionnage dans le cadre d’un projet d’invasion de l’Angleterre par la flotte française. Le projet a été abandonné mais Éon reste en possession de documents compromettants qu’il n’accepte de restituer que s’il est payé pour la mission qui lui a été confiée et dont iel s’est acquitté (acquittée ?). Louis XV étant décédé, Louis XVI charge Beaumarchais de récupérer les encombrants papiers.
Dans le même temps, à Paris comme, surtout, à Londres, le mystère s’épaissit : iel était-il elle ou était-elle il ? Des paris sont engagés.
Voilà pour le prétexte. Ajoutons que Beaumarchais, pour faire bonne mesure, entend se présenter à Éon comme étant son avocat, qui ira défendre auprès du Roi ses prétentions. Un avocat double en quelque sorte. Il faut croire que la déontologie était moins regardante au XVIII e siècle…
Si je vous comprends bien, vous êtes envoyé
Par le Gouvernement afin de négocier
Et dites à Éon être son avocat
Qui veut bien se charger de défendre son cas.
Bravo mon cher Caron, c’est du grand Beaumarchais !
Mais la belle n’est pas bête (à moins que ce soit le beau qui n’est pas benêt, je ne m’y retrouve plus…) et iel ne se laissera donc pas enfariner.
Tout cela est aussi élégant que délicieux. J’ai eu la chance d’assister à la première représentation de cette pièce, que je ne puis que vous recommander si d’aventure elle est jouée près de chez vous.
Ajoutons encore, pour les mélomanes, que chaque scène est ponctuée par un morceau de musique de l’époque, de Mozart à Rossini, en passant par Rameau et Haendel. De l’intérêt d’aller écouter l’œuvre plutôt que de simplement la lire…
Patrick Henry
Ancien président