Retrouvez dans cette rubrique l’expression, l’injure, le mot et la curiosité grâce auxquels vous pourrez tenter de paraître intelligent et cultivé en société !
L’expression : Rouler un patin, un palot, une pelle ou une galoche ?
L’expression rouler un patin est signalée par G. Esnault pour la première fois dans le milieu des voyous, en 1927. Elle ne se popularisera qu’à la fin de la seconde guerre mondiale. Elle a circulé intensément dans le monde des prisons.
Jean Genet, ancien voyou, écrit en 1947 : « Il se pencha sur le visage du gosse et le prit dans ses mains :
- Ah ! si je la tenais comme je te tiens. Tu parles d’un patin que j’y roulerais »[1]
Transitivement parlant, rouler signifie « déplacer un objet » en le faisant tourner sur lui-même.
Mais pourquoi un patin ? Le fait de patiner dans la bouche de son partenaire ?
Certains y voient une déformation du mot patte qui désignait un chiffon (comme dans la pattemouille), qui représenterait par métaphore la langue. Mais cette signification de patte n’était plus en usage depuis le milieu du XIXe siècle.
Pour d’autres, ce serait donc le substantif tiré du verbe patiner qui, selon le Dictionnaire du français non conventionnel de Cellard et Rey, au début du XXe siècle, et en argot, signifiait « caresser (une partie sensible du corps du partenaire pour provoquer l’excitation sexuelle) » .
Dans tous les cas, les patins à roulette étaient très en vogue à cette époque, ce qui peut justifier l’apparition de l’expression et son maintien dans le temps, marié avec le verbe rouler.
Mais quid du palot ? Il circulait beaucoup dans les années 50. Il s’est forgé à l’imitation de rouler un patin, dont il est l’équivalent. Il est un diminutif improbable de patin. Il pourrait dériver de « palette », que l’on trouve au sens de langue dans les années 30. Mais jamais entendu « rouler une palette »…
Et la pelle ? Même chose. Création plus récente, dans les années 60, plus provocatrice vu la taille de l’instrument.
Enfin, la galoche ? Apparemment plus récente, fin des années 60, et donc une variante plus outrancière du patin, compris comme une chaussure peu distinguée. Et la galoche, plutôt que le sabot ou l’espadrille, sans doute car le mot rappelle « le menton en galoche », qui offre une vision cohérente de la position durant l’acte.
Le mot galvaudé : Caca, s.m
Variété de perroquets bavards des Iles sous le Vent.
« Le caca se nourrit de mouches ».
Et donc pas l’inverse. Voici de quoi briller en société.
La curiosité : L’étymologie populaire – Le faubourg[2]
Vers 1200 existe le mot forsborc, « partie d’une ville située hors de l’enceinte », composé de fors, « hors de », et de borc, forme ancienne de bourg. Mais sous l’influence de l’adjectif faux, le forsborc devient le faubourg : vu qu’il se trouve au-delà des murs d’une ville, un faubourg ne peut être un vrai bourg.
Implacable logique populaire !
L’insulte : Machurat
Bon à rien, nul
On donnait ce nom injurieux aux mauvais ouvriers à qui il fallait « mâcher le travail ». On disait aussi machurer pour « bâcler », « mal travailler ».
Jean-Joris Schmidt,
Ancien Administrateur
[1] J. Genet, Querelle de Brest, 1947, in Cellard
[2] La petite chanson du jeudi : https://www.youtube.com/watch?v=mNVRDVNB6pw