En ce vendredi 24 avril, le soleil brille de tous ses rayons ; le salon de la Reine lui fait écho avec sa superbe voûte constellée d’une myriade de points lumineux.
Madame la Présidente du Jeune Barreau déclare ouverte la rentrée en présentant, dans la foulée, l’oratrice du jour, Me Amandine LACROIX.
On apprend qu’elle est originaire de la cité du Doudou avant que Cupidon ne l’entraîne du côté des cinq clochers qu’elle avoue n’avoir jamais visités auparavant.
Me MONNIER nous résume alors la, déjà très fournie, carrière de Me Lacroix qui, malgré son jeune âge, lui vaut d’être curatrice, administratrice, présidente d’un club d’affaires et surtout avocate dynamique.
Le thème du discours, « Mon beau miroir, dis-moi qui a le pouvoir », annonce la couleur aux politiques présents aux premiers rangs de l’assistance.
L’oratrice introduit son propos en se remémorant, qu’alors qu’elle s’apprêtait à voter pour la première fois, les confidences d’une politicienne de l’époque qui regrettait de ne plus être qu’une presse-bouton à la solde des directives de son parti.
L’oratrice s’interroge alors : comment on a pu en arriver là !
Elle nous brosse alors l’historique de la séparation des pouvoirs qui connaît ses prémices dans l’Antiquité et prévaut encore de nos jours dans une version modifiée au gré des siècles grâce notamment à Messieurs John Locke ou Charles-Louis de Secondat mieux connu sous le nom de Montesquieu.
Après avoir rappelé que l’indépendance de chaque pouvoir est primordiale, l’oratrice stigmatise le fait que l’exécutif se soit au fil du temps arrogé le pouvoir sur le législatif et le judiciaire.
Elle nous rappelle que l’exécutif est à l’initiative de 80 % des lois, s’arroge les pleins pouvoirs à la moindre crise ou encore prend le dessus en affaires courantes, égratignant au passage les parlementaires bruxellois, qualifiés d’emplois fictifs, durant la récente et laborieuse constitution du gouvernement.
Et le pouvoir judiciaire ? Il fait figure de parent pauvre, victime de son sous-financement chronique depuis des décennies au point que l’exécutif ne se prive même plus de ne pas respecter ses décisions.
Finalement, l’oratrice se demande si le contre-pouvoir face à l’exécutif ne viendrait pas des médias, notamment publics. Espoir encore déçu, tant l’exécutif sape celui-ci en réduisant ses financements.
L’oratrice de conclure qu’il est nécessaire que le législatif se ressaisisse citant au passage MONTESQUIEU : « Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir. »

La parole est à Monsieur le Bâtonnier Deghoy pour sa réplique.
Celui-ci reconnaît d’emblée qu’il aurait pu se contenter d’acquiescer à cette belle démonstration de la préséance de l’exécutif et distraire l’auditoire de belles histoires féeriques ou de récits fantastiques.
C’était mal le connaître, lui qui incarne durant quelques mois encore le pouvoir, et surtout faire offense à son plaisir de contredire !
D’emblée, Monsieur le Bâtonnier reproche à l’oratrice d’idéaliser, tout comme John LOCKE, la primauté non justifiée du pouvoir législatif.
- Tirer à boulets rouges sur l’exécutif, considéré comme le tortionnaire, n’est-ce point se résoudre à éluder la torpeur des parlementaires, endormis par leurs présidents de partis ?
- Renforcer un pouvoir au détriment d’un autre, n’est-ce point déplacer le combat mais sans désarmer les combattants ?
Le problème, c’est le pouvoir qui doit être, non pas dompté mais éradiqué selon le Bâtonnier : le pouvoir est par nature dangereux, nocif.
Vouloir le réveil du pouvoir législatif pour contrer l’exécutif n’est-ce pas aussi prendre le risque de tout faire éclater plutôt que de rééquilibrer ?
Le Bâtonnier se gausse enfin de la proposition de rendre les médias arbitres de ce jeu de pouvoir en citant Amin Maalouf : « les médias reflètent ce qui les gens disent et les gens reflètent ce que disent les médias. Ne va-t-on pas de lasser de cet abrutissant jeu de miroirs ? »
Après ces quelques détours, le Bâtonnier s’interroge sur la manière de contredire l’oratrice sans passer pour un despote ou encore comment lui donner raison sans la perdre ?
Assurément, on ne peut remettre en question l’évidence démocratique de la séparation des pouvoirs sans risquer d’être perçu comme un esprit malveillant faisant l’apologie de la concentration des pouvoirs ou, pire encore, de la dictature.
Et de conclure que bien rares sont ceux qui, auréolés d’une autorité académique incontestée, peuvent égratigner ou critiquer ce système.
Un pouvoir auquel le Bâtonnier, un brin nostalgique, avoue avoir goûté, le court instant de son « règne ».
Après cette belle passe d’armes, le temps était venu de se relâcher l’esprit de quelques flûtes bien fraîches avant que la soirée ne se prolonge dans la féérie du Château du Biez.
Un tout grand millésime que cette rentrée 2026 !

Stéphane Dupont
Avocat au barreau de Tournai