La descente aux enfers se poursuit inexorablement dans le dossier épineux de la surpopulation carcérale.
Les dénonciations sont unanimes, et proviennent de tous les secteurs (directeurs de prison, agents,…), jusqu’aux plus inattendus, comme celle des hauts dignitaires religieux du Pays, toute confession reconnue confondue, dans La Libre Belgique du 21 février 2026, ou encore celle du Roi dans son discours de Nouvel An. Même la grande cheffe, Directrice Générale des établissements pénitentiaires, Mathilde Steenbergen, rappelle dans La Libre Belgique du 27 février 2026 que « la situation derrière les barreaux est devenue très dangereuse pour le personnel comme pour la sécurité ». Avec 13 557 détenus pour 11 049 places, elle n’hésite pas à dire qu’« à court terme, la seule solution c’est de prendre des mesures d’urgence pour diminuer le nombre de détenus.».
Les oreilles du gouvernement restent pourtant bouchées.
Le Conseil pénitentiaire, dont le 4 e rapport, disponible sur le site , décrit l’échec cuisant (et attendu) des mesures votées cet été pour lutter contre la surpopulation carcérale, continue d’être superbement ignoré.
Contrairement aux fausses informations qui circulent, les études montrent pourtant que la délinquance n’est pas en augmentation. Christophe MINCKE, directeur de l’INCC, l’a encore rappelé récemment dans un dossier de La Revue Nouvelle intitulé « Une justice laxiste, vraiment ? », paru au mois de janvier. On nous avait promis un gouvernement d’experts…et les experts sont profondément ignorés…
La seule réponse avancée est celle, inefficace et coûteuse, de l’extension du parc carcéral, par la construction de nouvelles prisons, l’idée de prisons-bateaux, la location de prisons-exil dans des pays exotiques ou nordiques, ou encore le maintien au-delà du raisonnable de bâtiments insalubres. Les rats et les cafards de la prison de Saint-Gilles peuvent se réjouir, ils ne sont pas prêts de devoir quitter les lieux, l’activité du taudis est prolongée jusqu’en 2035.
Le tout au répressif, martelé en boucle tel un mantra, mène droit dans le mur, au détriment de la sécurité publique qu’il prétend protéger.
En février, la presse nous a rappelé cette triste réalité : les faits de suicide sont loin d’être rares, comme tout récemment à Haren, et les soins de santé sont à la hauteur des conditions de vie, indigents. Les morts en prison, comme ce jeune décédé à la prison de Mons faute de soins adéquats, n’émeuvent manifestement pas les décideurs.
Face à la morosité répressive, l’avocat mène un combat essentiel, à contre-courant.
Différentes instances internationales, telles que le Conseil de l’Europe ou la Commission européenne, suggèrent que des autorités indépendantes puissent jouer un rôle dans le contrôle citoyen des lieux d’enfermement, en témoignant des conditions de détention indignes. C’est dans ce cadre que les visites des bâtonnières et bâtonniers prennent tout leur sens.
Le 10 décembre dernier, ils et elles foulaient pour la deuxième fois le sol des bâtiments de l’ombre. Leurs constats, cinglants, ont été compilés dans un rapport , comme témoignage de ce qui est trop souvent caché ou ignoré. Il nous appartient de nous en saisir, pour documenter les traitements inhumains et dégradants quotidiens que l’Etat fait subir à ceux qu’il enferme, et plaider encore et encore, pour des libérations.
N’oublions pas que derrière chaque personne détenue, il y a une décision prise par un magistrat. Selon la Directrice générale : « Tout le monde estime qu’il y a beaucoup d’impunité dans notre pays mais ce n’est pas vrai. Ce sentiment est déconnecté de la réalité. Il s’agit d’une question de communication mais aussi de culture judiciaire. »
Il ne faudrait pas que l’arbre cache la forêt… la surpopulation trouve sa source dans la surutilisation de l’enfermement, comme réponse à autant de politiques sociales désinvesties.
Comme le disait le docteur Brecht VERBRUGGE dans une carte blanche publiée dans Le Soir du 22 février 2026, la surpopulation n’est qu’un symptôme. « La crise carcérale ne tient pas seulement au fait que les prisons soient trop pleines. Elle tient surtout au fait qu’elles soient devenues un outil de gestion des problèmes sociaux produits et négligés ailleurs ».
Mathilde Steenbergen ne dit pas autre chose : « Si je me base sur mon analyse de terrain, je dirais qu’on a plein de gens, dans différents statuts – prévenus, internés ou condamnés – qui sont ou restent dans nos prisons, pas parce qu’ils représentent un danger pour la société mais parce qu’il n’y a pas de solution adaptée pour eux à l’extérieur ».
Les constats posés par les bâtonnières et bâtonniers seront adressés à la Chambre des représentants. Ils nous aideront aussi, indéniablement, à rendre concret l’enfermement, et, espérons-le, à convaincre les juges et les décideurs politiques de tenter autre chose.
Delphine Paci
Administratrice