Retrouvez dans cette rubrique l’expression, l’injure, le mot et la curiosité grâce auxquels vous pourrez tenter de paraître intelligent et cultivé en société !
L’expression : Être bredouille
Comment ne pas se souvenir de ce merveilleux jeu qu’était le trictrac, très à la mode du XIIe au XIXe siècle, et toujours vivant.
Selon le Littré : «Jeu à la fois de hasard et de calcul, qui se joue à deux personnes sur un tablier divisé en deux compartiments portant chacun six flèches ou cases du côté du joueur et autant du côté de l'adversaire. Chaque joueur a deux dés, un cornet pour les agiter, et quinze dames à jouer. La partie consiste à gagner douze trous ; un trou,àgagner douze points qui se prennent par nombre pair, 2, 4, 6, 8, etc. Les points se marquent avec des jetons, et les trous avec des fichets que l'on place successivement dans un des trous percés sur la bande latérale. Tous les coups par lesquels on gagne des points s'appellent des jans (voy.ce mot). Les règles sont d'ailleurs assez compliquées. Le joueur est soumis aux dés, mais il est maître de la marche de ses dames, et c'est dans la bonne disposition de celles-ci que consiste l'art de jouer au trictrac ».
Au XVIIe siècle, l’on disait d’un joueur habile qui pouvait gagner les douze trous qu’il « jouait bredouille »: « jouer que l’on gagne toute une partie sans que les autres prennent un seul coup » (Oudin). [1]
Et ce terme a passé au perdant malheureux, avec le sens figuré que l’on lui connaît aujourd’hui.
Furetière écrivait déjà en 1690 : « On dit qu’une femme est sortie bredouille du bal, quand elle n’a point été prise pour danser ».
Le mot précieux : Coquille, n.f.
Quelle définition connaissiez-vous ?
Archit. Intrados de la voûte rampante d’un escalier tournant
Armur. Partie de la poignée d’une épée qui protège la main et qui a la forme d’une coquille
Art. culin. Sorte de rôtissoire
Boulang. Boursouflure qui s’élève sur la croûte du pain
Papet. Qualité de papier portant une coquille en filigrane. Format de papier (44 x 56 cm)
Métall. Moule de fonderie à refroidissement rapide
Typo. Faute consistant dans la substitution d’une lettre à une autre
L’insulte : Coquillard
Escroc
Faux pèlerin, personne malhonnête, voleur. L’une des explications attribue le mot à une bande d’escrocs et de voleurs, tristement célèbres pour avoir officié à Dijon au XVe siècle sous le nom de « la coquille ». Le chef était appelé Roi de la Coquille.
Une autre version en attribue l’origine également au Moyen Âge au surnom donné aux mendiants que l’on trouvait sur la route menant à Saint-Jacques de Compostelle : ils portaient des vêtements ornés de coquilles et se faisaient passer pour des pèlerins, afin de berner les honnêtes gens. [2]
À vrai dire, la bande de la « Coquille » semble avoir pris ce nom soit de l’expression « vendre ses coquilles » (tromper), soit du fait que ses membres utilisaient le subterfuge précité des pèlerins de Saint-Jacques.
En argot, le coquillard désigne aussi l’œil ou l’anus. Nous reviendrons certainement sur « s’en tamponner le coquillard ». [3]
La curiosité : L’étymologie populaire – Fainéant
Vous pensiez que feignant était une forme populaire de fainéant. Or c’est bien l’inverse. En effet, feignant est le participe présent de feindre, pris au sens ancien, attesté vers 1100, de « se dérober à une tâche, rester inactif ». L’étymologie populaire s’est dit qu’un feignant, donc un inactif, fait néant, et c’est pourquoi feignant est devenu fainéant. L’étymologie populaire a corrigé par erreur un mot correct et régulier à la base.
Jean-Joris Schmidt,
Ancien administrateur.
[1] « La tante était alors en affaire, et occupée à une partie de triquetrac qu’elle faillit gagner à bredouille » , Furetière, Le Roman Bourgeois, 1666
[3] Pour compléter les définitions vues dans cette courte revue, sachez que la coquille fut aussi un « membre viril » au XVIe siècle et le « sexe de la femme » aux XVIIe – XVIIIe siècle.