Retrouvez dans cette rubrique l’expression, l’injure, le mot et la curiosité grâce auxquels vous pourrez tenter de paraître intelligent et cultivé en société !
L’expression : Faire du potin
Voici à nouveau une expression à caractère misogyne que je vous sers afin que vous puissiez l’utiliser en toute connaissance de cause, ou ne plus l’utiliser.
En effet, lorsque ces Messieurs bavardent avec intérêt, leurs conversations ne peuvent que relever d’un degré d’élévation intellectuelle hors du commun, ou confiner à la science suprême (Exemple 1 : « Oh René, remets-moi un demi pour la mi-temps, que j’en profite pour te raconter comment j’ai raflé la mise au pitschesback hier ».)
A contrario, les femmes se réunissent entre « commères », c’est bien connu. Elles jasent, caquettent et pérorent. La tradition a longtemps voulu qu’elles ne puissent donc que médire de leur entourage ou colporter les derniers potins !
Le terme est relativement récent. Potin vient de « potiner », lequel est tiré de « potine » ou petit pot en terre cuite qui est en Normandie une chaufferette.
Selon Bloch & Wartburg, « Les femmes du village se réunissaient autrefois pendant les longues veillées d’hiver pour filer et pour causer, chacune apportant sa potine ; potiner voulait donc dire d’abord : se réunir autour de potines pour bavarder ».
On passera donc vite de veillées villageoises à des commérages, et ensuite à des ragots mondains. En effet, certains salons parisiens de la fin du siècle s’appelaient des potinières.
Le glissement de sens vers « vacarme » est surprenant mais, comme le rappelle Duneton, cela en dit long sur l’estime que porte le langage… aux propos des femmes !
Le mot bafoué : Sardine, s.f.[1]
Instrument de musique à cordes du XVIIe siècle, sorte de guitare ou de cithare à quatre cordes[2].
Couperin écrivit un menuet pour sardine et hautbois.
L’insulte : Desfaé[3]
Misérable
Le mot désignait au départ un infidèle, une personne « sans foi ». Il a servi ensuite à qualifier les mécréants, considérés à l’époque comme des vauriens, capables de tous les crimes.
La curiosité : L’étymologie populaire – Forcené
Vers 1050 apparaît un adjectif graphié forsenede, « qui perd la raison, fou de colère ». Cet adjectif, qui devint nom et s’écrivit ensuite forsené puis forcené, est construit avec le préfixe for-, « hors, dehors », et l’ancien nom sen, « raison, sagesse ».
Au fil du temps, ce nom sen a disparu de l’usage et n’a donc plus été identifié comme tel dans forsené.
Et comme un fou furieux ne connaît plus sa force, la graphie forcené s’imposa dans l’esprit populaire. Comme pour fainéant, que nous avons vu il y a quinze jours, c’est bien une forme erronée qui l’a emporté.
Jean-Joris Schmidt,
Ancien administrateur
[1] La sardine est aussi le galon cousu sur la manche d’un sous-officier et dont la couleur varie avec le grade, ou le petit piquet de métal ou de plastique recourbé à une extrémité et servant à fixer la toile de la tente au sol.
[2] A ne pas confondre avec la Sardine Box, créée en 2017 et qui est un petit synthétiseur modulaire programmable. Un outil de création sonore électronique logé dans une boîte de conserve.
[3] « ...s'il advenoit chose que les Turcz desfaé Que j'ay aveucques moy grant plenté amené Voulsissent aussi croirre au Roy de magesté » (Cip. Vignevaux W., p.1400, 192). Selon le petit dictionnaire de l’ancien français, Van Daele, : desfaé (dis-fat-ātu), adj. : disgracié par le sort, infortuné, misérable — pervers.