Retrouvez dans cette rubrique l’expression, l’injure, le mot et la curiosité grâce auxquels vous pourrez tenter de paraître intelligent et cultivé en société !
L’expression : Être sous la coupe (de quelqu’un)
Être sous la dépendance, l’influence de quelqu’un.
Amateurs de cartes, voici votre moment. Dans moult jeux, nous coupons les cartes : l’on divise le paquet en deux. Or, ce geste est déterminant, puisqu’il va fixer l’ordre définitif dans lequel les cartes seront distribuées.
Ce geste, banal aujourd’hui, était entouré autrefois d’une aura quasi magique dans la fixation du sort, comme le rappelle Duneton.
Imaginez le joueur se trouvant placé après le coupeur, transpirant, et se considérant comme sous l’influence directe de ce dernier. Redoutable dépendance. Il était sous la « couppe » du précédent et sa chance en dépendait.
Furetière nous rappelle que : « Les joüeurs ont cette autre croyance qu’il y a des gens qui ont une couppe malheureuse, qui ne veulent point être sous leur couppe ». « Ils appellent une couppe foireuse celle qui n’est pas nette, et dont on laisse échapper quelques cartes en coupant ».
Petite anecdote complémentaire : Duneton explique : « Une façon d’obliger quelqu’un à couper là où on le désire est le système du pont : « carte cintrée, introduite dans un jeu de manière que la coupe se porte à l’endroit où elle est placée (Esnault). C’est ce que l’on appelle couper dans le pont, c’est-à-dire, au figuré, être la victime crédule d’un stratagème quelconque. On a dit par la suite « couper dans la combine »[1].
Le prochain Texas Hold’em, je saurai où me placer. Ou pas.
L’insulte : Crestelet[2]
Prétentieux. Celui qui dresse sa « crête », personnage orgueilleux.
Le mot : Crétine, n.f.
Dr. Anc. : Alluvion, accroissement formé peu à peu.
La curiosité : Etymologie sympathique – Savant
Voici une forme verbale qui a changé avec le temps. Le verbe savoir n’a pas toujours eu sachant pour participe présent. La forme précédant sachant était savant. Mot que nous connaissons aujourd’hui. Alors, ceux qui « croivaient » savoir, « sachent » enfin maintenant. Ne me remerciez pas.
Jean-Joris Schmidt
Ancien administrateur
[1] Je tiens ici à remercier Frank Braley, merveilleux pianiste aux doigts souples et à l’esprit jazzy, tout aussi passionné de langue française, qui m’a conseillé la lecture d’un ouvrage de Duneton, ce qui m’offre la joie de vous proposer une rubrique plus aboutie, du moins je l’espère. Et je le remercie pour sa splendide prestation lors du conseil caritatif à l’occasion des 25 ans de l’Institut d’Etudes sur la Justice : https://www.justice-en-ligne.be/Institut-d-Etudes-sur-la-Justice . Et un extrait de sa performance https://www.youtube.com/watch?v=jwoTuJFdYb8 (si si).
[2] Amis bretons, Crestelet est aussi un nom de famille fréquent dans les Côtes-d’Armor, dérivant de l’ancien français crestel « petite crête» ou «créneau».