Prête-moi ta plume Tribune n°190

Cobre par Michel Claise

Ils pourront couper toutes les fleurs, ils n’empêcheront jamais le printemps.

Cette citation de Pablo Neruda est un de mes mantras.

Elle semble l’être aussi pour Michel Claise.

Il l’explique, dans la postface de cet ouvrage, de façon moins poétique mais bien argumentée.

C’est le triste exemple du renversement d’un gouvernement démocratiquement élu par une junte militaire qui s’installe au pouvoir, supprime les libertés individuelles, impose la censure de la presse, ordonne la pratique des tortures, l’élimination physique des opposants sous le regard aussi réprobateur qu’impuissant d’une communauté internationale choquée et laxiste. Mais aussi de l’intervention d’une superpuissance qui va pousser à la déstabilisation préalable du pays et à la corruption des militaires pour les mener au pouvoir, parce que les intérêts économiques de leurs entreprises sont menacés. Jimmy Carter s’est excusé. Cela n’a pas empêché Georges Bush Junior d’inventer l’existence d’armes chimiques en Irak pour envahir ce pays, ouvrant une boîte de Pandore dont nous supportons encore aujourd’hui les tragiques conséquences. Et tout cela pour quoi ? Pour développer les intérêts de l’industrie américaine du pétrole et de l’armement…

Ouvrons les yeux ! Ce sont les intérêts financiers qui dominent le monde… Alors que faire ? Dans son essai sur La Médiocratie, qui dénonce la mainmise des sphères financières sur le pouvoir politique dans le monde, le philosophe Alain Deneault, répond : N’importe quoi. Il entend par là tout ce qui est possible. Que chaque citoyen fasse entendre sa voix…

Cobre, par Michel Claise, Bruxelles, Genèse éditions, 2019, 232 pages, 13,95 euros.

Michel Claise a choisi, pour faire entendre sa voix, la forme du roman et, même, du thriller.

Il nous narre l’histoire de Jorge, jeune attaché de presse de Salvador Allende, auquel, juste avant la débâcle, celui-ci confie une mission de la plus haute importance : faire parvenir à Fidel Castro une mallette qui contient des documents capitaux, qui ne peuvent à aucun prix entrer en possession de la junte du sinistre Pinochet.

C’est donc le récit, haletant, de la fuite de Jorge qui tente d’échapper à la traque. Au cours de celle-ci, il croisera des hommes et des femmes des deux camps, et d’autres qui essaient de survivre entre les deux. Il faut souligner que chacun d’eux a une véritable épaisseur. C’est que Michel Claise n’est pas parti de rien. La plupart de ses personnages sont, ou en tout cas ont été, vivants. Ils ont vécu cette horreur dans leur chair.

Une traque donc, mais aussi une histoire d’hommes et de femmes qui militent, qui luttent, qui aiment, qui souffrent et, même – ce sera l’issue de la poursuite – qui entrent en communion avec l’universel. Je ne puis vous en dire plus, au risque de vous priver du plaisir de connaître le dénouement de l’histoire de Jorge.

Parmi les personnages que vos croiserez en dévorant ce fort beau livre, couronné à juste titre par le prix des lycéens, il y a le poète et chanteur Victor Jara, dont Julos Beaucarne nous conta l’exécution dans une chanson que j’ai toujours en tête : Lettre à Henry Kissinger. Cela se passait dans le stade national de Santiago, où des milliers de chiliens furent détenus, torturés et, pour certains, exécutés. Il s’appelle aujourd’hui Estadio Victor Jara.

Le pessimisme de la raison nous oblige à l’optimisme de la détermination.

Luttons !

Patrick Henry,
Ancien Président

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A propos de l'auteur

Patrick Henry

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