Maître, vous avez la parole Tribune n°196

SOFAGATE ou DIVANGATE

En apprenant l’affaire du sofagate, qu’il n’est nul besoin de rappeler, je me suis souvenu que sofa et divan étaient presque synonymes et que le Divan était plus qu’un divan. J’ai donc consulté mon dictionnaire improprement qualifié d’ailleurs de « Petit Robert » « grand format ».

Il a conforté mes souvenirs historiques.

Un divan n’est pas seulement une sorte de canapé sans dossier comme le divan du psychiatre, mais le Divan est qualifié de : « salle garnie de coussins où se réunissait le conseil du Sultan et finalement le conseil lui-même ».

Voltaire écrivait que « Le Sultan, indigné, fit rassembler un Divan extraordinaire, et il parla lui-même. »

Par extension, le Divan est devenu le gouvernement de l’Empire ottoman qui a été dirigé depuis la salle du Divan.

Si un sofa n’est pas vraiment un divan ou un cosy (mot anglais qui a traversé la Manche et qui fut utilisé, du moins dans les années 50, pour désigner un canapé), on aurait donc presque pu employer le mot divangate à la place de sofagate.

Cela aurait été en rapport direct avec l’attitude de Sultan du président turc Erdogan.

Le président Erdogan est souvent traité de nouveau sultan, ce qui n’est sans doute pas pour lui déplaire, rêvant manifestement de l’ancien grand empire ottoman.

Il faudrait peut-être lui rappeler qu’au début du 20ème siècle, cet empire, qui s’étendait sur une grande partie des Balkans et du Moyen-Orient, était qualifié d’« homme malade de l’Europe ». Cet empire fut démembré au lendemain de la grande guerre, le sultan de l’époque ayant choisi le mauvais camp.

La reconquête commença avec l’invasion en 1974 par les troupes turques du Nord de l’île de Chypre, toujours occupé à l’heure actuelle par la Turquie.

Qui s’en souvient encore aujourd’hui ?

Ce fut, toute proportion gardée, une sorte de Munich.

La Turquie faisait, et fait toujours partie de l’OTAN, était un allié indispensable de celle-ci et surtout des Etats-Unis, et il ne fallait pas la contrarier car des missiles dirigés vers l’ancienne Union soviétique étaient installés sur son territoire à l’initiative de l’Occident, et plus spécialement des Etats-Unis.

Ceux-ci restèrent bien entendu l’arme au pied, se contentant de vagues protestations.

Le président Poutine adopta la même politique pour la Crimée.

 

Alfred Devreux,
Avocat au barreau de Bruxelles

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Alfred Devreux

Avocat au barreau de Bruxelles