Tribune n°149

Rentrée de Dinant : « La Chute »

Si vous n’avez pas assisté à la toute récente rentrée du jeune barreau de Dinant, vous êtes à plaindre. Le monde est désormais divisé en deux : celles et ceux qui y étaient et les malheureux qui l’ont loupée. Portez-vous candidat illico au bâtonnat ou au Jeune barreau pour assurer votre place pour la prochaine, dans deux ans.

Qu’avez-vous donc raté si vous avez déserté la cité du cheval Bayard et des quatre fils Aymon ? Dinant est le seul endroit du pays où on a droit à une double réception : l’une avant la revue et l’autre ensuite. Mais ce n’est pas là l’essentiel : entre les deux, ce fut un véritable festival de rosseries, devant un parterre d’avocats saupoudré cette année d’huissiers et de notaires et avec une belle équipe de magistrats du cru, le président Gérard et le procureur Macq en tête, qui sont, en quelque sorte, à la justice namuroise (en ce compris la dinantaise) ce que Roberto D’Orazio et Sylvio Marra furent aux Forges de Clabecq. Le procureur Macq, parlons-en : il fut l’un des clous du spectacle. En pleine représentation, il bondit de sa chaise pour grimper sur scène et y clamer, à la stupéfaction générale, son indignation, remarquablement jouée, au sujet de ce qu’il venait de voir quelques secondes auparavant : la projection d’un extrait du film « La Chute » montrant les derniers moments d’Hitler avec des dialogues revisités (Bruno Ganz en est mort quelques jours plus tard…) par le toujours excellent Maître Luc Balleux qui avait mis dans la bouche du führer des réflexions amères du président Gérard au sujet des déboires de son palais et l’expression de sa déception envers ses « généraux-juges » dont certains l’écoutaient médusés (à la fois les généraux dans le film et les juges dans la salle). Un chef d’œuvre !

A côté de cela, on eut droit à une série de pastiches. D’abord, celui de la juge Manuella Cadelli, « iconisée » par de jeunes avocates sur le thème « Elle, elle en a ! ». Ensuite une série de figures locales passèrent au pilori de l’humour : un juge pour son inclination à la répression, attisée par un procureur du genre Torquemada, un autre pour sa propension aux vacances ensoleillées,… puis le soussigné, asticoté, comme à chaque fois, pour son sans doute trop visible attrait pour la gent féminine… Le tout interprété par une brochette d’avocates et d’avocats qui pourraient très franchement faire carrière au théâtre. Comme le bâtonnier Daniel Bertens, magistral en Zeus prêt à exaucer le sombre dessein de Koen Geens, celui de supprimer purement et simplement la justice, comme aussi Maître Marie Vandenplas, présidente du jeune barreau, dans un rôle de déesse Thémis cherchant par tous les moyens à valoriser Dinant pour justifier le sauvetage de la justice. Comme encore Maître François Fery, Maître Renaud Lejeune ou Maître Cassandra Lessire, accompagnés par une équipe de stagiaires qui promettent !

Pas de Revue sans des chansons dont deux de la « Diva de la Meuse », l’inégalable Barbara Rouard, accompagnée par l’homme-orchestre qu’est le surdoué Frédéric Bourdon. Le tout cornaqué de main de maitresse par celle qu’on appelle respectueusement « la patronne », Maître Aline Fery, côté cour, et de main de maître par celui qui, un jour prochain, dépassera en notoriété Adolphe Sax dans le Panthéon des gloires dinantaises, l’excellentissime humoriste Christophe Bourdon, qu’on appelle déjà le nouveau Desproges. Bref : un régal, applaudi à tout rompre par les représentants de tous les barreaux du pays, au grand bonheur de leur hôte, le bâtonnier Jean-François Ledoux, rouge de plaisir et fier comme un bar-tabac, comme disait le grand Coluche.

 

Jean-Marie Dermagne, Ancien bâtonnier

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A propos de l'auteur

Jean-Marie Dermagne

Ancien bâtonnier (barreau de Dinant).
Jean-Marie Dermagne est vice-président du Syndicat des avocats pour la démocratie (SAD) et membre du pool des avocats de la Ligue des droits humains (LDH) Il dirige en outre le Service de recherche et de documentation sur le droit de l’enseignement (UCLouvain)