Prête-moi ta plume Tribune n°143

Place de Bronckart à Liège : petites et grandes histoires par Olivier Hamal

Place de Bronckart à Liège – Petites et grandes histoires, par Olivier Hamal, Presses Universitaires de Liège, 2018, 522 p., 29 €.

« Il faut dire que, pendant toutes ces années de guerre, nous vivions extrêmement liés avec tous nos voisins, comme nous ne l’avons plus jamais été après et comme on peut difficilement se l’imaginer aujourd’hui.

Il y avait d’abord la famille Dalimier qui habitait au n° 10. Entre nos deux maisons, c’était l’ancienne maison Firket (actuel immeuble de la Fédération liégeoise du parti Socialiste) qui avait été réquisitionnée par la Gestapo …

Venaient se joindre à nos jeux, d’autres enfants du quartier dont Étienne et Eugène Firket dont le frère aîné était Charles Firket (futur associé de Jacques). Tous deux allaient être tués par la chute d’un V1 sur leur maison de la rue Charles Morren, en décembre 44. Charles fut le seul rescapé des enfants, parce qu’il logeait chez sa fiancée cette nuit-là … ».

Émotion de découvrir, au hasard de la belle étude historico-sociologico-géographique qu’Olivier Hamal nous livre, des souvenirs comme celui-là, qu’il a extrait des mémoires familiales rédigées par mon grand-père et complétées par mon oncle.

De pareils souvenirs, il y en a beaucoup dans cet ouvrage, abondamment illustré par de nombreux documents et photos d’époque, retrouvés par les habitants et anciens habitants du quartier Guillemins – Bronckart – Sainte-Véronique, où vécurent forcément un grand nombre d’avocats et de magistrats.

Histoires, grandes et petites donc, d’un quartier qui resta un faubourg rural jusqu’à la moitié du XIXe siècle et qui ne prit son essor et sa configuration actuelle que dans la seconde moitié dudit siècle, après l’arrivée du train dans la toute nouvelle gare des Guillemins (du nom de la congrégation qui y occupait un couvent depuis le XIIIe siècle, au cœur de ce qui était alors la baronnie d’Avroy).

Savez-vous qu’on y cultivait la plus fameuse des pommes de terre, la cwène di gate, variété énorme dont certains spécimens dépassaient deux, voire trois, kilogrammes ? Elle dégénéra complètement après avoir été victime d’une redoutable maladie contagieuse en 1846.

On retrouve évidemment dans cet ouvrage les plus fameux personnages ayant habité et, pour certains, construit ou contribué à l’essor du quartier : Théodore Gobert et la famille Fabry. Les commerçants et artisans du quartier défilent, certains ayant fait la fierté de leurs voisins, d’autres ayant, dans un premier temps au moins, suscité la crainte de troubles de voisinage. Mais aussi des figures plus pittoresques comme celle de l’ignominieux père prieur Rompellewenzele.

Amusant de découvrir que le café qui se trouve en face de la maison familiale et qui s’appelle aujourd’hui le Wembley s’appelait alors, plus simplement, le café Sainte-Véronique. J’imagine qu’il a dû accueillir quelques réfractaires pendait certaines messes de mariage ou d’enterrement …

Une dernière anecdote ?

« Un jour expira chez nous M. Dupont, qui occupait l’emploi de Maître des Postes. Ce digne industriel était si gros et, par la suite, si lourd, que lorsqu’on voulut introduire son cercueil dans la paroissiale Sainte-Véronique, on n’y put parvenir. Il y avait du verglas et ceux qui s’engageaient sur les degrés de pierre de l’église, en redescendaient plus rapidement qu’ils n’étaient montés. Le clergé dut abandonner la bière sur la chaussée et célébra l’office des morts, la porte ouverte, malgré la basse température. Ce fut sur la rue même qu’on dut procéder à l’absoute. Cet incident provoqua la création des deux plans inclinés que nous voyons aujourd’hui à Sainte-Véronique ».

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A propos de l'auteur

Patrick Henry

Ancien président