Tribune spéciale Covid

Interview – Margaux Conil-Séon, déléguée des stagiaires du barreau de Bruxelles

Comme déléguée des stagiaires du barreau de Bruxelles, vous avez un contact privilégié avec les plus jeunes de nos confrères. Quels sont vos premiers constats sur l’impact de cette crise sur l’exercice de leur profession et en particulier sur le déroulement de leur stage ?

Je tiens tout d’abord à vous remercier de me laisser la possibilité d’apporter un coup de projecteur sur la situation – parfois difficile – vécue par les stagiaires en cette période de crise.

Comme les autres avocats, mais parfois même plus, les stagiaires sont en effet directement impactés par la situation actuelle. D’une part sur le plan de la réalisation de leur stage en tant que tel, mais également quant à l’exécution des obligations qui leurs sont imposées. Obligations dont ils doivent justifier de l’exécution pour demander leur inscription au Tableau.

Sur l’exercice du stage en tant que tel et la pratique de la profession d’avocat, certains stagiaires, en raison de l’impact économique de la crise sur les cabinets, de la diminution des audiences et des dossiers contentieux, ont subit des ruptures de leurs contrats de stage. Et leurs conséquences, liées aux difficultés de la recherche d’un nouveau maître de stage en cette période.

Certains ont vu leurs rétrocessions d’honoraires diminuées, payées en retard, voir non payées.

D’autres font état d’un manque de formation et de suivi quotidien, car le télétravail étant désormais la norme peut amener à créer une distance entre un maître de stage et son stagiaire.

Enfin, la plupart souffrent d’un manque de contacts sociaux et du développement de leurs relations confraternelles. Manque dû à la tenue à distance des cours CAPA et des formations, de l’annulation ou encore du report, parfois sine die, des autres activités sociales ou culturelles organisées par le(s) Barreau(x).

La réalisation des obligations imposées par notre Code de déontologie aux stagiaires est également devenue un véritable parcours du combattant !

  • Les cours CAPA, je le disais, sont organisés sous forme de vidéo-conférences qui sont plus unilatérales et moins interactives que ne le sont les cours sous leur format classique. Ils sont par ailleurs soumis aux aléas des différentes plateformes et connexions internet…
  • Les séminaires de formation professionnelle ont subit des retards dans l’organisation, justement parce qu’il leur était impossible d’être donnés à distance, entraînant par conséquent un retard dans l’organisation des exercices de plaidoiries ;
  • Mais la réelle difficulté vécue à l’heure actuelle par les stagiaires du Barreau de Bruxelles réside dans l’exécution du quota minimum de leurs réunions de colonne. Les permanences d’aide juridique ayant été annulées pendant le confinement de ce printemps et n’ayant repris qu’à un rythme très réduit depuis.

Il résulte de cela un important retard de certains stagiaires dans l’exécution de leurs obligations, qui s’inquiètent particulièrement de la possibilité de réaliser ces réunions de colonne dans les temps.

Tant les barreaux qu’AVOCATS.BE sont sensibilisés à la problématique spécifique que rencontrent les plus jeunes d’entre nous. Quelle action, réaliste, est selon vous la plus souhaitable de la part de nos institutions ?

Actuellement, la principale demande formulée par les stagiaires réside dans la possibilité que leur situation puisse pouvoir faire l’objet d’une appréciation souple et au cas par cas, notamment quant à l’exécution de leurs obligations de stage au moment de leur demande d’inscription au Tableau. 

Ils souhaitent pouvoir être assurés et rassurés sur le fait que malgré la crise, tout sera mis en œuvre pour qu’ils puissent finir leurs stages dans les trois ans comme prévu.

Je souhaiterais à ce titre saluer la mesure prise par le Barreau de Bruxelles, réduisant de façon temporaire le nombre de réunions de colonnes à faire par chaque stagiaire impacté par les restrictions sanitaires, et qui a réglé la majorité des inquiétudes qui se posaient.

Plus concrètement, un des problèmes précédemment cité, et qui pourrait encore être réglé, serait à mon sens le retour au système présentiel des cours CAPA, dans le respect bien sûr des gestes barrières. Des formations et colloques avaient ainsi pu reprendre en physique aux mois de septembre et octobre derniers.

En effet ces cours qui ne réunissent qu’une vingtaine d’avocats pourraient avoir à nouveau lieu, dès l’assouplissement des règles gouvernementales, dans des salles simplement plus grandes que celles utilisées à l’origine. C’est d’ailleurs la solution qui a été retenue pour les séminaires de formation professionnelle qui ne peuvent, eux, se tenir en distanciel.

Car ces cours permettent aux nouveaux stagiaires, outre leur première raison d’être de formation, de se forger de solides relations confraternelles, qui sont essentielles à tout avocat pour bien commencer dans cette profession. Ces relations ont du mal à se nouer à travers un écran, quand la pause-café se fait chacun de son côté, et quand l’écran s’éteint une fois le cours terminé…

Un retour au présentiel présenterait aussi l’intérêt de réhumaniser ces cours, de renforcer les échanges et de les rendre plus vivants entre les professeurs CAPA et les étudiants-stagiaires.

L’occasion vous est donnée d’adresser un message à tous les jeunes avocats francophones et germanophones. Que leur dites-vous ?

Je souhaite sincèrement que les stagiaires puissent avoir la possibilité, comme les générations d’avocats précédentes, de pouvoir effectuer leur stage sereinement, sans vivre dans la crainte et l’incertitude quant à la possibilité matérielle de réaliser leurs obligations dans les temps.

Je forme le souhait également qu’ils puissent se sentir écoutés et soutenus par les institutions des Barreaux. Je les invite pour cela à ne pas hésiter à utiliser les canaux mis à leur disposition pour communiquer avec les différents Ordres.

Les chefs de colonnes, les délégués des chefs de colonne, les délégués des stagiaires, les commissaires des Conférences des Jeunes Barreaux, ou encore les associations de jeunes avocats telles que le Carrefour des Stagiaires, sont autant d’outils qui leurs permettent de relayer les situations particulières, de faire remonter un problème afin d’être acteur de sa résolution.  

 

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A propos de l'auteur

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Margaux Conil-Séon

Déléguée des stagiaires du barreau de Bruxelles