Tribune n°167

Rentrée du jeune barreau de Charleroi : 24 janvier 2020

Le Bon, les Belles et un beau Rythme

Comme le disait mon regretté patron Michel ROELS : « il faut une bonne santé pour « faire » avocat ! ». Il avait sans doute en tête le stress quotidien, les horaires démentiels, les confrères peu aimables et les clients difficiles ; pourtant, cette remarque m’est venue à l’esprit à l’issue des fastes de la Rentrée du Jeune Barreau de Charleroi de cette année. Dur week-end…d’où le « beau rythme » du titre…

Le dynamisme débordant déployé dans les semaines et les jours qui précèdent par le comité présidé par Me Pauline MONFORTI entraîna tout le monde dans la folle sarabande du vendredi et du samedi. Dès l’aube du vendredi (soit vers 11h30), Pauline réunit avocats et magistrats  déjà présents devant notre pierre de mémoire consacrée aux confrères morts pour la patrie et surtout pour nos libertés. L’instant est bref…il est émouvant, et surtout  indispensable en ces temps troublés.

Résumé : A 14h30, après que chacun se soit sustenté (certains plus que d’autres), tous sont conviés à la Séance Solennelle (qui ne débute jamais avant 15h00, mais il faut bien le temps de se retrouver et se saluer, de déposer son manteau au vestiaire, et de trouver sa place). Cette année, le théâtre de l’Eden, haut lieu de la culture carolo, nous ouvrait ses portes : acoustique parfaite, sièges confortables…Seuls les éternels retardataires ont dû se contenter d’un strapontin, la salle étant comble : bien fait pour eux !

La Pétillante Petite Présidente Pauline Ponforti (pardon, MONFORTI) accueillit tout ce beau monde en termes choisis, selon l’expression bêtement consacrée. Initiative bienvenue, une courte vidéo initia les auditeurs profanes aux beautés du Barreau, du Jeune Barreau, de l’Aide Juridique, de la déontologie, etc.

La première vedette fut Me Alice DEJOLLIER, stagiaire récompensée par le prix du Conseil de l’Ordre pour sa publication : « Réforme du Code judiciaire en vue de promouvoir des formes alternatives de résolution des litiges : des hauts et débats » in Actualités législatives en droit de la personne et de la famille, Bruxelles, Editions Larcier, 2018, pp. 225-326. Bravo !

Vint alors le moment de présenter l’Oratrice, Me Cateline STEFANUTO. Pauline jouissait manifestement de l’exercice, et fit preuve dans son propos d’une tendresse piquante, d’un esprit mutin toujours amical : Bref, ces deux ravissantes-là s’entendent bien…

Me Cateline STEFANUTO, passionnée d’équitation, nous prit à contre-sabot en développant en son discours un sujet bien éloigné des dadas : « Le Bon, le Juste et l’Algorithme », consacré à l’invasion de la profession par l’intelligence artificielle ou IA en langage branché, phénomène qui effraie manifestement l’oratrice. Citant  Me Dupont-Moretti et Edgar Morin, Me STEFANUTO  argumenta avec clarté, usant d’un langage parfait, sur les limites et surtout les possibles dérives du recours à l’IA dans l’exercice de notre profession.

Comble de l’élégance, la conclusion de Cateline (« Lorsque l’humanité est desservie, il faut quitter la barre et laisser place au talent ») introduisait un bref mais remarquable épisode musical confié à un claviériste et à un saxophoniste de talent, très, très proche de l’oratrice…Un moment de grâce…

La réplique de la Présidente fut, comme il sied, une contradiction sans appel des propos de son amie : l’algorithme, comme tout outil, doit être au service de l’homme, non l’inverse : « Si nous avons inventé la charrue, c’est pour arrêter de nous briser le dos ».  L’humain doit certes garder la maîtrise du jeu, mais il n’est pas non plus exempt d’erreurs…notamment judiciaires ; l’affaire d’Outreau est là pour le rappeler. Me MONFORTI entendait adresser à l’auditoire une réplique optimiste : message reçu !

Après les deux belles, le Bon…

Mr le Bâtonnier Alain FIASSE, en sa synthèse, souligna d’emblée n’avoir revêtu ni la cape de Goldorak ni l’armure de Terminator, préférant se parer de la toge d’avocat pour symboliser la défense par notre profession des valeurs humanistes de la société, l’avocat étant le socle de l’état de droit et de la démocratie. Il est toujours bon de le rappeler…

Certains ne retiendront peut-être de la synthèse que l’inénarrable imitation d’Arletty : « Algorithme, algorithme, est-ce que j’ai une gueule d’algorithme ? ».  A tort car ce grand moment de drôlerie  était tout entier au service d’un exposé de synthèse lucide, responsable, où le Bâtonnier FIASSE exprima sa foi dans les principes humanistes, et dans la capacité des avocats à s’adapter et à maîtriser ce nouvel outil pour en éviter les éventuelles dérives : »Plutôt que de parler de justice robotisée, parlons plutôt d’une justice assistée par l’IA ».

La messe était dite, et les auditeurs purent se retirer en paix vers la salle de réception de l’Eden, bien accueillante il est vrai.

Vinrent le soir, la traditionnelle soirée de gala et la Revue du Barreau de Charleroi, dont chacun sait que c’est la plus brillante de toutes… Le cru 2020 fut vif, pétillant, inventif, malicieux mais sans méchanceté déplacée, jamais vulgaire. Merci à tous les excellents revuistes et à Mamy Jo qui parvint une fois encore à les maîtriser…

Le samedi est réservé aux « Happy few » dont je n’étais pas, du moins le midi. Mais je retiendrai qu’un excellent confrère bruxellois m’a avoué avec émotion avoir été touché aux larmes par le concert intime donné par Melanie De Biasio, la très talentueuse chanteuse carolo, dans la future résidence d’artistes qu’elle fonde dans les murs de l’ancien Consulat d’Italie…

Un grand cru, on vous dit… C’est cela, Charleroi !

Francis GODEFROID
Avocat Honoraire au Barreau de Charleroi

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Francis Godefroid

Avocat honoraire au barreau de Charleroi