Tribune n°162

Compte-rendu de la rentrée du barreau de Liège

Parce qu’on est des Liégeois

La revue clos traditionnellement les festivités de la rentrée solennelle de la Conférence Libre du Jeune Barreau de Liège. Elle se terminait cette année, enjouée, sur ces quelques mots : « On ira faire la fête, parce qu’on est des liégeois ! »[1].

La rentrée a beau être solennelle, elle n’en est en effet pas moins festive en Cité Ardente et les réjouissances débutent dès potron minet. Quand on sait faire la fête, on sait se lever me répétait (trop souvent) ma maman.

Dès 8h45, Monsieur le Bâtonnier Bernard Ceulemans accueillait ainsi les très nombreux participants au colloque « Une justice pour le climat ? Right(s) now ! ». Dans la salle Rossius, située au 9ème étage de l’Opéra Royal de Wallonie (vue imprenable sur la ville et ses alentours), Maître Amélie Adam avait réuni un panel d’intervenants tous plus brillants et passionnants les uns que les autres.

Bien sûr, les nouvelles n’étaient pas bonnes. Évidemment le climat n’est malheureusement pas une priorité politique et le système institutionnel belge n’aide pas ceux qui souhaiteraient respecter, juste respecter, les accords pourtant déjà obsolètes de réduction sensible des émissions de CO2.

Pourtant, au milieu de la grisaille, le juriste pouvait entendre que des actions judiciaires étaient introduites sur pied de conventions internationales, mais aussi des principes généraux de droit civil et de droit public. Et les citoyens ne sont pas les seules parties à la cause puisque le procès « climat » intenté devant le Tribunal de première instance de Bruxelles compte au nombre des parties demanderesses pas moins de 82 arbres classés…[2]

La matinée se concluait par le lancement de la Commission environnement du Barreau de Liège et par ces quelques mots de Maître Amélie Adam : « J’espère que vous sortirez de cette salle grandis, plein de connaissances nouvelles et, surtout, plus solidaires ». Tout un programme qui correspond pleinement à l’idéalisme de notre Confrère qui sera plus tard mise à l’honneur pour ses combats au sein du Barreau.

Parce qu’on ne se nourrit pas que de paroles, fussent-elles lyriques, les participants au colloque ont ensuite été conviés au Foyer Grétry de l’Opéra pour un walking-lunch qui, à Liège où l’anglais n’est pas une langue véhiculaire, peut se traduire par « un sandwich mou mangé debout ».

La Conférence Libre du Jeune Barreau l’avait annoncé dans les jours qui précédaient la rentrée, aucun retard ne serait toléré au discours de Maître François B. Wintgens. Il faut dire que l’Orateur avait cette année décidé de casser les codes habituels de l’évènement pour proposer une « performance ». Dans la salle du théâtre universitaire, il s’est ainsi présenté, vêtu des nippes des détenus, menotté et comparaissant devant ses juges.

Durant une petite heure, Maître François B. Wintgens évoquera la vie d’un homme attiré par les enfants, ses tourments, mais aussi l’évolution de la perception de sa déviance à travers les temps. Il fallait de l’audace et du courage pour oser pareil discours. Il fallait aussi de l’humanité et du tact pour être entendu sans heurter. L’orateur réunissait toutes ces qualités et « l’Adieu à la nuit » sera, sans nul doute, un discours qui restera inscrit dans les mémoires de ceux qui auront eu la chance de l’entendre.

« Orateur ou Or-acteur ? »[3] telle était en substance l’objet de la réplique de Monsieur le Bâtonnier Bernard Ceulemans. Si le texte du discours était magnifique, il était en effet largement inspiré du « Lolita » de Nabokov et c’est dès lors au personnage d’Humbert Humbert que Monsieur le Bâtonnier a répondu de manière cinglante.

Reprenant de nombreux extraits de l’œuvre originale, Monsieur le Bâtonnier a regretté que l’Orateur du jour n’ait pas transcendé le personnage d’Humbert, qu’il ne l’ait pas dissocié de l’homme pour lequel un vibrant plaidoyer était présenté, de l’avocat qui le représentait et avec lequel il ne faisait qu’un.

Mieux valait connaitre ses classiques pour suivre discours et réplique.

Ensuite de ces joutes, le Président du Jeune Barreau de Liège, Maître Julien Bonaventure, a remis le prix des anciens Présidents de la Conférence du Jeune Barreau au projet « Faky » développé par la rtbf pour débusquer les fausses informations.

Les prix Julia Grandry, Paul Tschoffen et Jacques Henry ont ensuite été décernés par Monsieur le Bâtonnier respectivement à Maîtres Amélie Adam, Vincent Danau et au soussigné. Préalablement aux remises, Monsieur le Bâtonnier a utilement rappelé la biographie succincte de ceux dont les prix portent le nom.

Un verre, encore, dans une salle jouxtant le théâtre et tout le monde s’est ensuite éclipsé pour « se faire une beauté » avant les agapes vespérales.

Cette année, le Jeune Barreau de Liège recevait au Country Hall, situé sur les hauteurs de la Cité et à proximité de l’académie de football chère à de (trop) nombreux confrères.

On retiendra de la soirée et de la revue que le repas était excellent, que Maître Isabelle Thomas a confirmé ses talents exceptionnels d’actrice et que, même si le public est resté dubitatif devant certaines « innovations »[4], il reconnaitra certainement à l’équipe de la revue un dynamisme et une qualité artistique indéniables.

Quelques pas de danse plus tard, il était déjà 5 heures du matin. La musique s’est tue, quelques-uns ont tenté, avec le succès qu’on peut attendre à cette heure tardive, qui de continuer à danser dans le silence, qui d’entonner quelques chansons a cappella.

On voulait continuer à faire la fête… parce qu’on est des liégeois.

 

[1] Sur un air de Kendji Girac
[2] https://affaire-climat.be/
[3] © Monsieur le Bâtonnier André Renette
[4] Comme le résumera finement Maître Audrey Bellens : « c’est un peu comme les lignes avec les carreaux, tout le monde n’est pas prêt » !

 

Philippe Culot
Avocat au barreau de Liège

Photo (c) Conférence libre du Jeune barreau de Liège

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Philippe Culot

Avocat au barreau de Liège